Traducteur: linkfet
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Début juin —l’école d’Amane organisait sa journée sportive à l’époque de l’année où le temps commençait à devenir plus humide.
Contrairement à la journée des sports de l’école primaire ou du collège, celle du lycée n’était pas un événement particulièrement joyeux et harmonieux —c’était plutôt une extension du cours d’éducation physique habituel. Aucun parent ni tuteur ne venait les encourager.
Même ainsi, c’était l’un des rares événements annuels organisés par l’école, et une partie des élèves s’en réjouissait toujours. En particulier les plus jeunes membres des clubs sportifs, qui voyaient là une occasion idéale de montrer leurs capacités à leurs aînés.
En revanche, la plupart des élèves appartenant aux clubs culturels n’y trouvaient aucun intérêt.
Amane, membre de ce qu’on appelait le ‘go-home club’, appartenait clairement à cette seconde catégorie.
« Quelle corvée. »
Amane esquissa un sourire discret en entendant un autre élève, sous la même tente que lui, grommeler tout bas.
Même s’il partageait son manque d’intérêt, Amane n’allait pas jusqu’à laisser paraître son ennui. Il préférait garder une expression posée.
Heureusement, il avait été assigné aux épreuves qu’il avait demandées, et il n’aurait pas à courir dans tous les sens. La seule course qu’il ferait serait celle du jeu de cavalerie auquel participaient tous les garçons.
Yuuta, qui faisait partie de la même équipe rouge qu’Amane et était assis sous la tente avec lui, le regarda avec surprise. « Tu n’as pas l’air si mécontent, Fujimiya. J’étais sûr que tu détestais ce genre de trucs. »
« Eh bien, j’ai eu les épreuves que je voulais, et j’ai rien d’autre à faire pour l’instant, donc ce n’est pas si mal. Même si je pense que réviser serait plus amusant. »
« C’est une opinion assez inhabituelle, j’imagine… »
Kazuya, qui les avait entendus un peu plus loin, intervint : « On dirait que les excellentes notes de Fujimiya sont compensées par un faible niveau en sport, hein. Faut bien que ça s’équilibre. »
Amane ne pouvait pas nier et esquissa un sourire amer. C’était vrai, mais l’entendre dire par quelqu’un d’autre lui laissait un sentiment mitigé. Il appréciait le compliment sur ses capacités scolaires, mais il aurait aimé exceller aussi bien dans les études que dans le sport.
« J’ai bien suivi le programme d’entraînement que Kadowaki m’a donné, mais je me dis que je devrais peut-être me concocter un programme un peu plus exigeant. » Dit Amane.
« Hmm, eh bien, l’entraînement qu’on fait est prévu pour des athlètes, alors si c’est juste pour garder la forme, je pense que tu devrais continuer ton programme actuel. » Répondit Yuuta. « Si on habitait un peu plus près, j’irais faire du jogging avec toi, par exemple. »
« J’aurais aucune chance de suivre ta vitesse ni ta force, Kadowaki. »
« Il a raison. » Dit Makoto d’un air las. « Tu te souviens pas de comment j’ai failli mourir la fois où je suis allé courir avec toi, Yuuta ? Toi, tu fais pas un jogging, tu cours. » Il l’avait déjà accompagné auparavant.
Makoto n’était pas du genre à faire du sport, il appartenait plutôt au club d’astronomie. Il était mince, assez petit pour être décrit comme frêle, et sa peau était pâle. Il ne donnait pas l’impression de pouvoir supporter beaucoup d’effort.
Cela dit, Amane savait qu’une frêle et petite Mahiru était capable d’un exercice intense, donc la règle n’était pas universelle.
« Non, je pense que Fujimiya en est capable. » Dit Yuuta. « Il paraît que t’étais pas si fatigué quand tu faisais des marathons, non ? »
« Je m’entraîne dernièrement, je fais de mon mieux pour ne pas devenir faible en vieillissant, mais je ne fais pas le poids face à un vrai athlète. »
« T’es le seul à déjà penser à la vieillesse… »
« T’es un type bizarre, Fujimiya. Non, plutôt un type intéressant. »
« C’était censé être un compliment ? »
Kazuya a une personnalité honnête et sincère, en plus, sa façon de parler est directe, sans détour.
Amane l’avait compris depuis qu’ils avaient commencé à traîner ensemble.
« Je suis à peu près sûr que c’en était un. » Répondit Yuuta à sa place.
« Dans ce cas, merci. »
« Pas de quoi. »
« Mais de quoi vous parlez, au juste… ? »
Makoto ne cachait pas son exaspération, mais ses paroles n’avaient rien de moqueur, c’était plutôt un mélange de lassitude et d’un léger amusement sincère.
« Bah, Kazuya a toujours été un peu à l’ouest. » Dit Yuuta.
« Je pense pas être à l’ouest… »
« C’est normal, c’est toujours la personne concernée qui s’en rend pas compte. Mais t’en fait pas, Kazuya. T’es parfait comme tu es. »
« Hmph. Vraiment ? »
Kazuya sembla satisfait de cette réponse et n’insista pas.
« T’es d’accord avec ça… ? » Marmonna Amane, avant de tourner son regard vers le terrain.
Sur le terrain, des élèves participaient aux courses de courte distance.
D’après la longueur de la piste, c’était le cent mètres. La première série venait de se terminer, et la seconde se mettait en place.
La prochaine série était celle des filles, et plusieurs étaient rapides dans l’équipe rouge, notamment une fille aux cheveux brun-roux familière.
« Je croyais que Chitose avait quitté le club d’athlétisme. Elle court vraiment si vite ? » Demanda Amane.
« Oui, Shirakawa est très rapide. » Répondit Yuuta. « Au collège, c’était une des meilleures du club d’athlétisme. »
« Ah bon ? »
« Ouais. Mais elle a pas rejoint le club du lycée. Elle disait que c’était trop pénible de se disputer sans arrêt avec les aînées. »
« Je suppose que c’est là que je suis censé faire une blague sur la cause des disputes ? »
« Eh bien, hmm, disons qu’il y a une histoire derrière ça… Mais on peut dire qu’elle s’est découragée ou qu’elle en a juste eu marre. »
« … Marre ? »
« Y a eu des problèmes quand elle a commencé à sortir avec Itsuki. Comment dire ça… ? Eh bien, il y avait une fille plus âgée dans le club d’athlétisme qui aimait aussi Itsuki, tu vois, et en plus, Shirakawa faisait de meilleurs temps qu’elle… Ça a créé des tensions, et de fil en aiguille, ‘fin, tu vois le tableau, quoi. »
« Ah, je comprends maintenant. »
Leur couple était bien connu de leur année scolaire, mais Amane avait entendu dire par Itsuki qu’au collège, avant qu’ils ne sortent ensemble, il avait dû la courtiser avec acharnement.
Apparemment, Chitose avait à l’époque une personnalité bien plus froide, et Itsuki avait mis du temps à la convaincre.
Il n’était pas difficile d’imaginer l’aînée du club d’athlétisme se disputer avec Chitose pour Itsuki une fois qu’elle avait compris ce qui se passait.
« Elle a dit que toutes les obligations du club l’ennuyaient et qu’elle préférait ne pas s’inscrire, je suppose. Mais elle aime toujours courir, tu sais —je la vois souvent s’entraîner le week-end. »
Yuuta ajouta qu’ils habitaient dans le même quartier, puis sourit en regardant Chitose, qui venait de se mettre en position de départ accroupie.
Du point de vue d’Amane, qui n’était qu’un débutant, la posture de Chitose paraissait parfaite, presque gracieuse.
De loin, son expression n’était pas son sourire habituel et enjoué, mais un regard vif et concentré.
Le coup de feu du départ retentit sur le terrain.
Dès cet instant, Chitose s’élança, plus rapide que toutes les autres.
Elle courait comme le vent, avec une allure que n’importe qui aurait trouvée splendide à regarder, laissant même derrière elle les membres du club d’athlétisme.
Ses cheveux ondulaient derrière elle tandis qu’elle fonçait de tout son corps vers la ligne d’arrivée. Ses pieds frappaient le sol avec force, et elle filait plus vite que toutes les autres coureuses.
Amane la regarda, fasciné, tandis qu’elle franchissait le ruban d’arrivée avant qu’il ne s’en rende compte.
Chitose, qui avait terminé la première, leva le drapeau de la victoire et se tourna vers l’équipe rouge… vers l’endroit où se trouvait Amane, avec un grand sourire.
En agitant fièrement le drapeau, elle réussit même à lui faire ressentir la joie d’appartenir à son équipe.
Quand la course du cent mètres fut terminée et que Chitose revint sous la tente, elle se tenait droite, la poitrine bombée de fierté.
« Je suis de retouur ! Alors, vous m’avez vue ? »
« Oui, oui. T’étais super rapide ! »
« Youpi, merci ! »
« C’est vrai. Te voir courir, Shirakawa, ça fait plaisir. »
Chitose avait l’air ravie des compliments de deux membres actuels du club d’athlétisme.
Même Amane lui adressa quelques mots d’éloge. « Beau boulot, tu volais, littéralement. »
Elle avait été tellement plus rapide qu’il ne s’y attendait qu’il en restait presque incrédule. Mais Chitose, elle, n’avait pas l’air particulièrement excitée. Elle sourit d’un air insouciant. « Ahh, c’était amusant. »
Elle avait retrouvé son expression habituelle, décontractée et légère, sans la moindre trace de tension. C’était le jour et la nuit comparé à son visage pendant la course, et Amane en fut soulagé.
« N’empêche, t’es toujours aussi rapide, Shirakawa. »
« Hé hé, c’est parce que l’entraînement fait partie de ma routine quotidienne. Même si je ne suis plus aussi rapide qu’à l’époque du club. »
C’était surprenant d’apprendre qu’elle avait été encore plus rapide au collège. Décidément, Amane s’était entouré de gens à la fois forts mentalement et physiquement, et cela le rendait un peu jaloux, lui qui se jugeait plutôt moyen.
Kazuya, qui avait aussi fréquenté le même collège que Yuuta et les autres, n’ayant jamais été membre du club d’athlétisme, fut lui aussi surpris par la vitesse de Chitose.
« Je me suis toujours demandé comment tu fais pour courir aussi vite. Je suppose que t’as pas beaucoup de surface, donc t’as moins de résistance à l’air ? »
« Hé, Kazu, qu’est-ce que tu veux dire exactement par ‘pas beaucoup de surface’ ? »
« Hein ? Je parle de ta taille. »
Kazuya regardait Chitose avec des yeux innocents, comme s’il ne voyait pas ce qu’il pouvait vouloir dire d’autres, et elle fronça les sourcils.
Son expression n’était sans doute pas de la colère, mais de l’embarras. Amane n’eut aucun mal à deviner qu’elle avait cru qu’il parlait de sa poitrine.
Bien que Chitose ne soit pas aussi petite que Mahiru, elle n’était pas particulièrement grande non plus. Elle dépassait légèrement la moyenne, mais restait plus petite que certaines autres coureuses. En plus, elle était fine, ce qui expliquait sans doute que Kazuya ait été étonné de sa vitesse.
Amane ne perçut aucune arrière-pensée dans le comportement de Kazuya, Chitose avait simplement mal interprété.
« Tu t’es piégée toute seule, Shirakawa. »
« Tais-toi, Mako. »
Les joues de Chitose se teintèrent brusquement de rouge, et elle donna une tape amicale sur le dos de Makoto en s’asseyant à côté de lui. Amane esquissa un petit sourire, suffisamment discret pour qu’elle ne le voie pas.
***
Amane n’avait à participer qu’au lancer de balles et à la chasse au trésor, deux épreuves d’exhibition, ainsi qu’à la bataille de cavalerie à laquelle prenaient part tous les garçons. Il avait donc largement le temps de s’occuper.
Les autres élèves, débordant d’enthousiasme, s’étaient inscrits à plus de deux épreuves, mais Amane ne partageait pas leur ferveur. Il n’en avait choisi que deux, plus l’épreuve collective.
Le lancer de balles était déjà terminé.
Ce n’était pas un jeu palpitant, il suffisait de lancer des balles dans un panier placé en hauteur.
En général, tout le monde se bousculait pour attraper des balles, mais comme il y en avait toujours en quantité, personne ne prenait vraiment la chose au sérieux. L’épreuve s’était donc déroulée paisiblement du début à la fin.
Il s’agissait simplement de ramasser quelques balles, de se retourner, de les lancer, puis de recommencer. Une tâche simple, sans gloire particulière.
Mais soit la visée d’Amane était plus précise, soit il avait été plus efficace pour ramasser les balles, car au final, c’est lui qu‘en avait mis le plus dans son panier.
« Tu choisis vraiment les épreuves les plus ennuyantes, hein, Amane ? » Fit remarquer Chitose.
« Roh, ça va. Ce serait pas bientôt ton tour de garde, d’ailleurs ? Allez, file. »
« Ah, c’est vrai. Les membres du comité d’organisation ont la vie dure… » Grommela-t-elle en consultant son planning, avant de partir vers la tente de gestion.
Amane se demanda pourquoi elle avait bien voulu se porter volontaire, mais il était trop tard pour poser la question.
Alors qu’elle s’éloignait en trottinant, Amane jeta un œil au programme du jour, affiché sur un des poteaux de la tente.
La matinée se terminerait après encore quelques épreuves. La chasse au trésor, dernière compétition individuelle à laquelle Amane participait, en faisait partie.
Une fois celles-ci finies, tout le monde pourrait faire une pause-déjeuner avant de reprendre pour le programme de l’après-midi.
D’après ce qu’il savait, une fois sa dernière épreuve terminée, il n’aurait plus rien à faire avant la bataille de cavalerie de l’après-midi.
« … Ça veut dire que c’est Chitose qui s’occupe de la chasse au trésor, non ? »
Comme elle venait de partir pour son tour de service, cela signifiait sans doute qu’elle superviserait les épreuves restantes. Il était fort probable qu’elle soit aussi juge pour celle-là… Amane avait le sentiment qu’elle en avait fait exprès.
Il ne savait pas qui avait imaginé les objets à trouver pour la chasse au trésor, mais il devinait qu’ils seraient sûrement étranges, ce qui le rendait un peu nerveux.
À contrecœur, il se rendit donc au point de rassemblement de l’épreuve. Quand il arriva, Mahiru se tenait déjà là, silencieuse. Elle aussi avait obtenu les épreuves qu’elle voulait.
Il n’avait pas de raison particulière de lui parler, donc Amane ne s’approcha pas, mais lorsqu’ils se croisèrent du regard, elle lui adressa un léger sourire et hocha la tête pour le saluer.
En public, ils faisaient comme s’ils ne se connaissaient pas, mais le vrai sourire de Mahiru transparaissait un peu derrière son expression calme, et le cœur d’Amane battit plus vite.
Il répondit à son salut d’un air neutre, mais il ne put s’empêcher de se sentir mal à l’aise.
Pendant que Chitose rassemblait les participants de la chasse au trésor et terminait ses tâches d’organisatrice, elle ne cessait de jeter des coups d’œil à Amane et Mahiru, visiblement ravie.
***
Quand l’épreuve commença, l’arbitre —en l’occurrence Chitose— entra sur le terrain.
Plusieurs feuilles de papier pliées étaient déjà dispersées sur le sol, et au signal de départ, les participants devaient simplement en ramasser une, puis aller chercher ce qui y était écrit.
Contrairement aux autres courses, la chasse au trésor était plutôt détendue. Le but était de s’amuser en empruntant les objets demandés, donc ce n’était pas une compétition très sérieuse.
Mais selon les éléments à trouver, certains pouvaient être embarrassants, et c’était ce qu’il fallait redouter.
« Tous les participants, veuillez vous placer sur la ligne de départ ! »
Chitose donnait ses instructions d’une voix claire dans le micro. Quand elle ne faisait pas la pitre, elle se montrait une excellente maîtresse de cérémonie. Elle avait une personnalité vive, savait lire l’ambiance, et sa voix, claire sans être trop aiguë, portait parfaitement, idéale pour les annonces.
Amane se dit qu’elle n’allait tout de même pas oser faire une farce maintenant, pas devant tous les élèves et professeurs.
« À vos marques ! » Annonça-t-elle.
Le pistolet de départ était tenu par un autre responsable, un garçon, Chitose se chargeait simplement du décompte.
« Prêts ? » Dit-elle, et après une courte pause, le coup de feu retentit sur le terrain.
Même s’il l’avait déjà entendu bien des fois, ce son fit presque sursauter Amane. Tentant de ne rien laisser paraître, il se dirigea d’un pas tranquille vers le tas de papiers.
Les plus rapides avaient déjà ouvert leur papier pour lire l’instruction. Amane fit de même, en ramassa un et le déplia.
En lettres soignées, il lut : ‘Quelqu’un que tu trouves beau’.
Amane s’était attendu à ce genre de chose, il fallait parfois rapporter une personne plutôt qu’un objet.
Il eut envie de lancer une remarque sur celui ou celle qui avait pondu l’idée. Heureusement, même lui pouvait réussir cette mission.
Il avait échappé au papier qui aurait dit ‘La personne que tu aimes’, ce qui aurait été bien plus gênant. Il pouvait simplement choisir quelqu’un d’objectivement beau.
Autrement dit, quelqu’un que tout le monde reconnaîtrait comme une beauté… Il pouvait donc aller voir Mahiru. Une fois qu’elle aurait trouvé son propre objet, il suffirait qu’ils rejoignent la ligne d’arrivée ensemble, et il marquerait ses points.
Il attirerait forcément les regards en étant avec elle, mais il ne ferait que suivre les consignes. Une fois le papier lu à voix haute, tout le monde comprendrait qu’il avait fait le bon choix.
Sur cette pensée, Amane chercha Mahiru du regard —elle devait déjà être partie à la recherche de son objet— quand soudain, quelqu’un tira doucement sur son T-shirt. Il sentit une traction sur sa manche et se retourna pour voir de qui il s’agissait.
Ses yeux tombèrent sur celle qu’il cherchait justement, qui le regardait timidement.
« Fujimiya, tu es mon objet pour la chasse au trésor, alors quand tu auras trouvé le tien, j’aimerais que tu viennes avec moi. »
« Hein, moi ? »
« Oui. »
Jamais il n’aurait imaginé qu’ils seraient l’objet l’un de l’autre.
D’un certain point de vue, c’était pratique, mais il sentait déjà qu’ils allaient attirer beaucoup d’attention. D’ailleurs, ils étaient au beau milieu du terrain, à discuter, et plusieurs les observaient déjà.
De l’autre côté de la ligne d’arrivée, Chitose, la juge, les regardait avec un grand sourire.
Je retiendrais ça.
Les papiers de la chasse au trésor étaient écrits de la main de Chitose, donc elle en avait sûrement glissé quelques-uns comme ceux-là volontairement. Amane ignorait ce que Mahiru avait tiré, mais puisqu’elle disait avoir besoin de lui en particulier, il comprit que c’était quelque chose de précis, sans alternative.
« Euh… C’est quoi ton objet, d’ailleurs ? » Demanda Amane.
« C’est un secret. » Répondit-elle. Même si les papiers seraient lus à voix haute une fois arrivés, Mahiru refusait de lui dire ce qu’elle devait chercher.
Amane soupira et ils se dirigèrent ensemble vers la ligne d’arrivée.
« Tu es aussi mon objet, alors dépêchons-nous. »
« … Alors, je devrais te demander, c’est quoi ton objet, Fujimiya ? »
« C’est un secret. »
Mahiru esquissa un léger sourire en entendant sa réponse identique à la sienne.
« Je vois. Alors j’ai hâte de le découvrir une fois qu’on sera arrivés. » Murmura-t-elle, avant de lui prendre la main.
Insensible au brouhaha autour d’eux, Mahiru traversa le terrain en entraînant Amane.
Amane sentait presque son estomac se tordre, mais devant la joie de Mahiru, il ne pouvait rien dire —il n’était qu’un lâche follement amoureux.
Alors qu’ils couraient ensemble à travers le terrain, Amane sentit une étrange impression. Lorsqu’ils atteignirent la ligne d’arrivée, ils furent accueillis par une Chitose tout sourire.
Amane ne put s’empêcher de faire la grimace en la voyant, mais elle n’y prêta aucune attention.
« Tiens, tiens, vous vous êtes mis en équipe ? Et dire que je croyais que vous étiez rivaux pour cette chasse au trésor… »
« Chitose, espèce d’idiote, à sourire comme une imbécile de là où t’étais ! On était chacun l’objet de l’autre ! »
« Ho—hooo, d’accord ! Alors, voyons ça, laissez-moi confirmer vos objets. Qui commence ? »
« Commence par Fujimiya, s’il te plaît. »
Amane fut surpris d’entendre Mahiru le désigner ainsi, mais Chitose sembla comprendre pourquoi. Elle fit un signe vers le papier qu’Amane tenait, lui indiquant de le lui donner.
Il n’avait aucune raison particulière de le cacher, alors Amane lui montra sans hésiter le papier qu’il avait tiré.
Chitose afficha un air un peu déçu en lisant ce qui y était écrit.
Mais elle se ressaisit aussitôt et porta le micro à sa bouche avec un sourire. « Je confirme l’objet maintenant. La première tâche de l’équipe rouge était de trouver… ‘Quelqu’un que tu trouves beau’ ! »
Un soupir de soulagement parcourut la foule à l’annonce du thème.
En vérité, Mahiru était un choix évident. Autant qu’Amane le sache, il n’y avait personne à l’école plus belle qu’elle, et bien sûr, elle était la plus mignonne à ses yeux. Même en laissant de côté son opinion personnelle, personne ne pouvait contester son choix.
Amane avait senti un peu d’hostilité dirigée contre lui lorsqu’il avait franchi la ligne d’arrivée avec Mahiru, mais elle semblait s’être atténuée maintenant que tout le monde connaissait l’intitulé de son objet.
Le problème venait de celui de Mahiru.
Amane ignorait ce qui était écrit sur son papier, mais si cela le désignait clairement, il sentait que ce ne serait rien de bon pour sa paisible vie d’élève.
Chitose prit le papier de Mahiru, cligna plusieurs fois des yeux, puis la regarda de nouveau.
Amane ne pouvait pas lire les mots d’où il se trouvait, mais il vit l’hésitation sur le visage de Chitose. « Euuuh… C’est vraiment bon si je le dis à voix haute, hein ? »
Mais qu’est-ce qu’il peut bien y avoir d’écrit à la fin ?
En voyant la réaction de Chitose, Amane fut encore plus perdu.
Mahiru gardait un doux sourire. Autrement dit, elle n’avait aucun problème à ce que Chitose le lise devant tout le monde.
Après s’être assurée une dernière fois, Chitose reprit son air narquois habituel.
« Bien, poursuivons. Ils sont arrivés en même temps, mais bref, la première tâche de l’équipe blanche était de trouver… ‘Quelqu’un d’important pour toi’ ! »
Au moment où la voix de Chitose résonna sur le terrain, une agitation se répandit parmi les élèves.
Amane regarda aussitôt Mahiru, elle le fixait en retour, les lèvres rosées relevées en un sourire.
C’était le sourire d’un enfant qui venait de réussir une bonne farce, mêlé à un peu de gêne.
Amane comprit qu’elle observait sa réaction en découvrant le contenu de son papier.
Cette petite maligne…
Mahiru, si prudente et réfléchie d’ordinaire, savait parfaitement comment leurs camarades réagiraient en entendant cela. Et malgré tout, elle l’avait choisi, lui, pour objet. Elle l’avait fait pour provoquer un changement dans leur relation.
Désormais, ils ne pourraient plus jamais prétendre être de simples inconnus.
Elle le regardait avec son vrai sourire —celui qu’elle lui réservait chez eux— et non celui, angélique et parfait, qu’elle affichait à l’école.
Amane grommela : « On va se faire bombarder de questions après ça. » Tout en se passant la main dans les cheveux, l’air agacé.
***
« C’était quoi, ça, Fujimiya ?! »
Comme prévu, une fois les épreuves du matin terminées et les élèves retournés dans leurs classes pour le déjeuner, tous les garçons de la classe d’Amane l’entourèrent à son bureau.
Mahiru, la fille intouchable que tous adoraient, avait choisi Amane comme sa ‘personne importante’ devant toute l’école. Amane comprenait leur frustration, mais être submergé de questions d’un coup restait particulièrement agaçant.
« Pourquoi t’étais avec Shiina ?! En tant que ‘personne importante’, d’ailleurs ?! »
« Plus important encore, depuis quand ?! »

« Vous êtes pas si proches que ça, si ? Vous avez juste commencé à déjeuner ensemble récemment ?! »
« Qu’est-ce que c’est ?! Qu’est-ce qu’elle peut bien te trouver ?! »
« Je comprends pas du tout ! »
Amane affronta ce déluge de questions les yeux vides. Honnêtement, il s’attendait à un interrogatoire de ce genre, mais sous le regard des autres garçons, il n’aurait même pas le temps de déjeuner.
Les garçons n’étaient pas les seuls à réagir. Les filles de la classe ne participaient pas à l’interrogatoire, mais elles le regardaient avec curiosité, un mélange d’amusement et de soulagement.
C’était probablement parce que Mahiru, la fille la plus populaire de la classe, n’avait désormais d’yeux que pour lui. Leurs regards semblaient chercher à comprendre quel genre de garçon avait pu conquérir le cœur de Mahiru.
Amane, au centre de toute cette attention, se sentait extrêmement mal à l’aise.
Mahiru, elle, était absente —partie acheter une boisson au distributeur. Itsuki et Yuuta observaient la scène avec un sourire gêné, tandis que Chitose s’amusait franchement du spectacle.
Refoulant l’envie de maudire ses amis pour leur manque de tact, Amane fit face à la foule, essayant de rester calme devant ses camarades. Puisqu’il ne pouvait plus fuir, il devait assumer.
Et puis, il ne pouvait pas non plus balayer les sentiments de Mahiru. Il ne pouvait pas ignorer le pas qu’elle avait fait vers lui, ni la main qu’elle lui avait tendue.
Il n’était pas spécialement sûr de lui, mais il ne voulait pas minimiser le courage qu’elle avait eu en exprimant publiquement ce qu’elle ressentait. Fort de cette idée, Amane prit une inspiration et ouvrit lentement la bouche.
« Je peux pas répondre à vos questions si vous les criez tous en même temps… » Dit-il. « Posez-les au moins une par une. »
Il se dit qu’il valait mieux dire la vérité lui-même plutôt que de laisser les rumeurs s’en charger. Il prit donc sur lui et soutint leurs regards. Les autres garçons tressaillirent.
Ils ne s’attendaient pas à ce qu’Amane adopte une attitude aussi directe. Peut-être même qu’ils ne voulaient pas imaginer cette possibilité.
« … Depuis quand t’es proche de Shiina ? »
« Depuis l’année dernière. » Répondit Amane avec le moins d’entrain possible. Il savait qu’il allait devoir avouer qu’il était le mystérieux garçon aperçu avec Mahiru, un secret qu’il avait gardé jusque-là.
« Hein ?! Attends, alors le gars dont on parlait, celui avec elle au sanctuaire et pendant la Golden Week, c’était… ? »
« … Moi, ouais. »
Une fois cette confession faite, il ne devait pas être difficile pour eux de faire le lien entre la ‘personne importante’ dont Mahiru avait déjà parlé et celle qu’elle venait de révéler.
À cet instant, la fille qui les avait apparemment vus durant leur sortie le fixa, et Amane détourna les yeux, gêné.
Il était un peu dépité que tout le monde sache désormais qu’il était ce garçon-là, mais Mahiru lui avait dit qu’elle le trouvait cool, alors cela suffisait à le rendre heureux pour l’instant.
Amane sentit les regards d’analyse se faire plus perçants encore, et il soutint la foule avec l’expression la plus neutre qu’il put afficher.
« C—Comment vous êtes devenus amis ? »
« Ouais, vous ne parliez presque jamais ! Et pourquoi vous faisiez semblant d’être étrangers au début ? »
« Eh bien, on habite dans le même quartier, alors c’est comme ça qu’on s’est connus. » Expliqua Amane. « Et si on faisait semblant de ne pas se connaître, c’est parce que je savais que les gens allaient réagir comme vous le faites maintenant, à poser mille questions. »
Un murmure d’approbation parcourut la classe. Effectivement, il avait bien fait de se taire jusque-là. Mais quelqu’un, visiblement frustré, marmonna : « Je comprends toujours pas… »
Amane ne chercha pas à lui faire comprendre. Cela n’avait pas d’importance.
« … Alors, Fujimiya, tu sors avec Shiina ? »
La question que tout le monde attendait finit par tomber.
Amane afficha un léger sourire calme.
« On est proches, et je sais qu’on est importants l’un pour l’autre, mais on ne sort pas ensemble. J’aimerais juste que ce soit le cas. »
Il n’allait pas prononcer le mot amour.
Après tout ce qui s’était passé, il voulait réserver ce mot à celle à qui il était destiné. En vérité, ce qu’il ressentait pour elle dépassait tout ce qu’un simple mot pouvait exprimer. Mais s’il devait le dire, ce serait à elle, directement.
Il avait l’impression d’assister à sa propre exécution publique, mais il était soulagé de ne plus avoir à se cacher et d’avoir pu se montrer sincère.
« Mais t’avais dit que t’étais pas intéressé par l’ange. »
« Ce n’était pas un mensonge. Je n’ai aucun intérêt pour un quelconque ange. Parce que celle que je regarde, moi, c’est une fille, qui s’appelle Mahiru Shiina. »
La personne qu’Amane aimait n’était pas un ange parfait en tout, brillant, beau, gracieux et populaire. Celle qu’il aimait plus que tout, c’était une fille qui faisait des efforts, qui se sentait seule à force de repousser les autres, méfiante et pourtant si fragile quand elle baissait sa garde, une fille ordinaire, merveilleuse à sa manière.
Il l’aimait, non pas comme un ange, mais pour ce qu’elle était vraiment. Le masque céleste de Mahiru ne l’intéressait pas du tout.
Face à cette déclaration sans détour, un des garçons les plus hardis prit un air stupéfait. Les sourcils levés, il ouvrit la bouche pour parler—
« Ne le harcelez pas trop, d’accord ? »
Le garçon se figea avant d’avoir pu dire un mot.
Son sauveur n’était autre que l’autre protagoniste de toute cette histoire : Mahiru. Elle venait de revenir en classe, une bouteille glacée à la main.
Lorsqu’elle croisa le regard d’Amane, elle lui adressa un doux sourire.
« Amane aura des ennuis s’il ne peut pas déjeuner avant la reprise. »
Mahiru l’avait appelé par son prénom, comme seule une proche pouvait le faire. Elle n’avait clairement plus l’intention de cacher leur lien.
Elle ne semblait nullement troublée par les regards insistants, ceux des garçons comme des filles. L’un des garçons les plus téméraires, perdant patience, s’avança vers elle.
La foule s’écarta, sentant qu’il allait poser la question que tous brûlaient d’envie de poser. L’interrogatoire d’Amane fut suspendu un instant.
« Shiina ! Est-ce que Fujimiya est ta ‘personne importante’ ? » Demanda le garçon.
« Amane est très important pour moi, oui. »
Mahiru avait le même doux sourire lorsqu’elle répondit avec assurance.
Le garçon eut un léger recul devant le sourire d’ange qu’elle affichait, mais il dut sentir la pression du groupe derrière lui, car il continua, quoiqu’avec un peu moins d’assurance.
« A—Alors, euh… est-ce que ça veut dire que tu… l’aimes ? »
« Supposons que ce soit le cas, qu’aurais-tu à dire là-dessus ? »
« E—Enfin, c’est juste que… euh, si tu devais tomber amoureuse… je veux savoir, pourquoi Fujimiya ? »
« Pourquoi Fujimiya ? »
« Ah, eh bien, euh, l’idée que le vieux Fujimiya ennuyeux sorte avec toi, Shiina, ça paraît juste… faux. Il y a de meilleurs gars que lui ! »
« Vraiment ? »
Amane détourna le regard, anticipant les ennuis. Il savait que le garçon venait de marcher sur une mine.
Mahiru détestait qu’Amane se dénigre lui-même. Elle détestait aussi la mauvaise réputation injustifiée qu’on lui avait faite. Ce qui signifiait qu’elle détestait encore plus que d’autres parlent mal de lui.
Amane savait que la plupart de ses camarades le trouvaient ennuyeux. Contrairement à quand il était avec Mahiru, il ne montrait jamais vraiment sa vraie personnalité à l’école. Il pensait donc que c’était un jugement plutôt juste.
Mais que Mahiru puisse accepter ou non cette étiquette, c’était une autre histoire.
L’expression de Mahiru ne changea pas. C’était toujours le même sourire angélique qu’elle portait en classe.
Mais la tension dans l’air autour d’elle était palpable. Il y avait dans ses yeux couleur caramel une lueur dangereuse, si faible qu’il fallait la connaître pour la remarquer.
« Eh bien, euh— »
« Et qu’est-ce qui, exactement, chez lui, est si ennuyeux ? »
« Ah, eh bien— »
« Pourrais-tu me dire précisément ce que tu trouves insatisfaisant chez lui ? »
« Ben, son attitude, et son a—a—aspect, et— »
« Choisis-tu la personne que tu aimes selon son apparence ? »
« N—Non, mais— »
« Tombes-tu amoureux uniquement selon le physique ? Comptes-tu choisir ton futur partenaire de vie selon sa beauté ? »
Tout en parlant, Mahiru gardait son sourire d’ange. Malgré cette expression douce, Amane pouvait sentir la tension qui émanait d’elle. Il voyait bien que Mahiru se mettait en colère.
Même à distance, il ressentait son irritation. Le garçon en face d’elle devait avoir l’impression de se noyer dedans.
En effet, il semblait avoir compris qu’elle était mécontente, malgré son sourire.
Amane ne voyait que son dos, mais il devinait que son camarade tremblait presque.
« E—Euh… »
« En réalité, pour commencer, je ne pense pas que tu aies le droit de dire à qui que ce soit pourquoi il peut ou non tomber amoureux. »
Les mots qui sortirent des lèvres de Mahiru, toujours accompagnés d’un doux sourire, avaient une netteté qui contrastait avec son ton calme.
Elle souriait encore, mais elle était désormais assez fâchée pour que tout le monde, pas seulement Amane, s’en rende compte.
« J’ai été un peu trop dure, n’est-ce pas ? » Dit-elle. « Je te prie de m’excuser. »
Voyant que son camarade était devenu muet, Mahiru se détendit un peu et lui adressa un sourire doux mais agacé. Le garçon, comprenant qu’il avait mis en colère Mahiru, toujours si aimable d’ordinaire, parut complètement paniqué.
« Je me permettrai de corriger vos propos. Amane est quelqu’un de gentil et d’attirant. Je trouve aussi que sa présence calme et chaleureuse est tout simplement merveilleuse. En plus de cela, il est très courtois et me traite toujours avec le plus grand respect. C’est quelqu’un de formidable. Il me soutient quand je traverse des moments difficiles et se montre profondément attentionné à mes sentiments. Et au moins, lui, ne dit jamais du mal des autres ni n’essaie d’interférer dans les histoires d’amour des gens. »
Ces derniers mots furent le coup de grâce, elle venait plus ou moins de déclarer qu’elle ne pourrait jamais aimer quelqu’un comme le garçon qui avait osé insulter Amane devant elle.
« As-tu autre chose à dire ? »
Avec un doux sourire, elle inclina la tête, l’invitant à répondre.
Le camarade en avait visiblement assez. Il secoua la tête et dit d’une voix tremblante et presque inaudible : « N—Non, rien du tout. » Puis recula maladroitement.
Libérée de toute entrave, le regard de Mahiru se posa sur Amane.
Elle venait, en somme, de déclarer son amour pour lui devant toute la classe, et Amane sentit son visage se figer en se demandant comment il devait lui répondre. Mahiru arborait alors le plus beau sourire qu’il ait vu de sa part de la journée.
C’était un sourire complètement différent de celui de son masque angélique : un sourire doux et plein de joie, celui qu’elle lui réservait à la maison.
« Déjeunons ensemble, Amane. »
« … Ouais. »
Plus aucun garçon n’osa venir l’interroger.
***
« … Mahiru en avait des choses à dire, hein ? » Marmonna Amane. Il s’était réuni avec ses camarades pour préparer la bataille de cavalerie, plusieurs épreuves après le début du programme de l’après-midi.
« Je trouve juste dommage que ça ait dû se passer comme ça… » Dit Yuuta.
Amane fronça les sourcils à ces mots.
Tous deux s’étaient éloignés un peu du chapiteau, car être observé sans arrêt devenait agaçant.
Les gens continuaient à les regarder, mais c’était un peu plus supportable à distance.
Les paroles de Yuuta sous-entendaient qu’Amane aurait dû faire le premier pas. Amane ne pouvait pas le contredire.
« Je crois que je comprends, mais… Fujimiya et Shiina étaient vraiment si proches que ça ? » Demanda Makoto, curieux, un peu méfiant envers leur relation.
« Honnêtement, je me demandais pourquoi ils ne sortaient pas déjà ensemble ! » Répondit Yuuta. « Franchement, je suis impressionné que Shiina ait réussi à tenir aussi longtemps. »
« Elle l’a bien caché. Ce qui se comprend, vu le raffut à midi. C’était horrible, non ? »
Makoto regarda Amane avec pitié.
Makoto et Kazuya étaient en classe, mais évidemment, ils n’avaient pas pu lui parler pendant qu’il se faisait encercler et interroger. Amane ne leur en voulait pas, puisqu’ils n’étaient pas proches, mais il aurait apprécié un peu d’aide de la part d’Itsuki ou de Yuuta.
« C’était vraiment quelque chose. Ces types faisaient pitié, mais bon sang, c’était jouissif de voir Shiina les remettre à leur place ! » Dit Kazuya.
« Ils avaient l’air misérables, mais je crois que de leur point de vue, c’était juste trop dur à croire… »
« Hmm, tu crois ? Pourtant, un garçon devrait dire à la fille qu’il aime ce qu’il ressent, en face, non ? Alors c’est plutôt difficile d’espérer quelque chose de quelqu’un sans jamais faire le moindre pas. Vouloir obtenir ce qu’on désire sans prendre le moindre risque, puis se plaindre quand ça ne marche pas… c’est puéril. Et ensuite insulter Fujimiya par-dessus le marché ? C’est pathétique. »
Amane ne put s’empêcher de gémir. L’idée qu’un homme devait exprimer ses sentiments le toucha profondément.
« Kazuya, ce que tu viens de dire semble déranger Fujimiya… »
« Eh bien, d’après moi, Fujimiya avait déjà l’air contrarié. »
« C’est parce que c’est Shiina qui s’est déclarée la première, tu vois. »
Ça, c’était évident.
À présent, il n’y avait plus de doute possible : Mahiru aimait Amane.
Cependant, il était tout aussi clair qu’un homme qui restait les bras croisés sans rien faire manquait cruellement de fierté.
Puisque Mahiru avait eu le courage d’exprimer ses sentiments ouvertement, Amane savait qu’il devait lui répondre de la même façon. Il savait depuis longtemps ce qu’il voulait lui dire, restait plus qu’à trouver comment.
« J’ai l’intention de lui dire clairement quand on sera rentrés. Je ne dirai rien à l’école. »
Il voulait lui parler quand ils seraient seuls, quand il pourrait avoir ce moment rien qu’à eux.
Mahiru s’était déjà confessée publiquement, mais lui voulait, au moins pour cet échange-là, que ce soit intime.
Kazuya lui lança un sourire satisfait. « Hmm-hm, c’est ce qu’il faut faire. Mais d’abord, on a des adversaires à écraser à la bataille de cavalerie. Ils vont sûrement nous tomber dessus ! »
Pour une raison inconnue, Kazuya affichait un large sourire plein d’entrain, et Amane répondit par un sourire crispé.
Makoto, celui qui devait être porté sur leurs épaules, grommela avec lassitude : « Vous ne trouvez pas que j’ai un peu trop de responsabilité, là ? » Mais il semblait plus résigné qu’irrité, ce qui était déjà rassurant.
« T’as qu’à suivre l’exemple de Kazuya, hein, Fujimiya ? Fais-leur mordre la poussière. »
« Je m’en charge. »
Amane savait qu’il était censé être gonflé à bloc, prêt à repousser tous les rivaux potentiels pour l’attention de Mahiru.
Je lui dirai tout quand on sera rentrés.
Pour cette raison, entre autres, Amane espérait simplement tenir jusqu’à la fin de l’après-midi. Les trois autres garçons se regardèrent en souriant.
***
« C’était épuisant… »
Après avoir rincé la poussière accumulée dans le bain, Amane s’effondra sur le canapé, gagné par la fatigue qui suivait toujours un effort intense.
Comme prévu, leurs adversaires avaient frappé fort pendant la bataille de cavalerie. Ce n’était pas surprenant qu’ils visent particulièrement l’équipe d’Amane. Cela avait toutefois causé bien des soucis à Yuuta et aux autres.
Mais Kazuya avait lancé avec un sourire combatif : « Voilà ce que c’est, la jeunesse ! », visiblement ravi de la compétition.
Au final, l’équipe d’Amane n’avait pas tenu face aux attaques féroces de l’équipe blanche, mais grâce aux efforts de Makoto, perché sur leurs épaules, ils avaient tout de même réussi à attraper beaucoup plus de bandeaux que prévu.
Makoto avait fourni la majorité de l’effort, mais Amane avait vu Mahiru, depuis la ligne de touche, lui adresser un sourire.
Ainsi s’acheva le programme de l’après-midi. Puis vint la cérémonie de clôture, suivie du nettoyage habituel.
Amane était enfin rentré chez lui.
La journée avait été éprouvante à bien des égards, et il était déjà vidé, physiquement et mentalement. Mais ce n’était pas encore terminé.
… Je dois lui dire.
Mahiru avait eu le courage d’afficher leur relation au grand jour, elle avait choisi de se montrer à ses côtés.
S’il ne répondait pas à ses sentiments, s’il différait encore ses mots, il aurait honte d’être un homme.
Comment je devrais lui dire ?
Amane avait pris sa décision, mais restait prisonnier de ses hésitations. C’était la première fois de sa vie qu’il allait confesser sincèrement son amour à quelqu’un, et, évidemment, il était terrifié.
Il se demandait si l’atmosphère serait assez romantique pour une fille comme Mahiru, comment exprimer ses sentiments pour qu’elle en soit heureuse. Mais aucune réponse ne venait, seulement des pensées qui tournaient en boucle.
Amane posa ses doigts sur son front, réfléchissant encore, lorsqu’il entendit soudain, depuis l’entrée, le bruit d’une clé dans la serrure.
Le son le fit sursauter : la fille qui occupait toutes ses pensées, celle qui avait une clé de secours de son appartement, arrivait.
C’était la première fois que ce bruit lui faisait battre le cœur si fort.
La porte se referma, il entendit le verrou se remettre.
Puis les légers bruits de chaussons sur le sol, semblables à de petites respirations, et… la silhouette familière d’une fille aux cheveux couleur lin apparut dans le couloir.
« Amane. »
Ses lèvres rosées se courbaient en un sourire doux, encore plus tendre que d’habitude, comme si l’agitation de la journée ne l’avait pas du tout troublée. Amane sentit son cœur s’emballer.
Que Mahiru ait conscience de son agitation ou non, elle s’assit à côté de lui, comme toujours.
Il n’y avait entre eux qu’un souffle d’écart.
Lorsqu’elle se redressa, ses cheveux ondulèrent doucement, diffusant la senteur légère de son savon. Comme Amane, elle avait pris un bain pour effacer la sueur. En la regardant de près, il remarqua que sa peau, déjà laiteuse, paraissait encore plus lisse et lumineuse qu’à l’ordinaire.
Tout le corps d’Amane se tendit alors que Mahiru lui adressait un sourire apaisant.
« Amane, je suis sûre que tu as beaucoup de choses à me dire, et beaucoup de questions à me poser, mais… pourrais-tu me laisser dire quelque chose d’abord ? »
« B—Bien sûr ? »
Amane se mit sur ses gardes, se demandant ce qu’elle allait dire. Mahiru inclina légèrement la tête.
« Je me sens coupable de t’avoir mis dans cette situation et de t’avoir fait subir toute cette attention désagréable, Amane. Je suis désolée. »
« Hein ? »
« … Eh bien, tu vois… » Continua-t-elle d’une voix incertaine. « Je savais plus ou moins que ça arriverait. »
Amane comprit ce dont elle avait eu peur. Mahiru savait à quel point elle était influente, c’était justement pour cela qu’elle faisait toujours attention à son image.
Alors, en déclarant publiquement qu’Amane était sa ‘personne importante’, elle savait très bien que ça provoquerait une scène. Et malgré tout, elle l’avait fait, en connaissance de cause.
« E—Eh bien, je m’en doutais un peu, que tu savais ce qui allait se passer en faisant ça, alors… »
« Tu n’es pas en colère ? »
« Non. »
« Je vois, tant mieux. »
Pour Amane, c’était même tout le contraire, c’était justement parce que Mahiru avait pris l’initiative qu’il avait pu se décider. Maintenant qu’il connaissait la profondeur de ses sentiments, il ne lui en voulait pas du tout.
De plus, Amane s’était déjà préparé à lui avouer ce qu’il ressentait.
Il prit une grande inspiration et plongea son regard dans celui de Mahiru. Ses yeux, plus clairs et paisibles que jamais, étaient d’une douceur qui lui coupa le souffle.
« Je peux aussi m’excuser pour quelque chose ? » Demanda-t-il.
« Pour quoi ? »
« … Je suis désolé d’avoir été si lâche. »
Avant de lui dire ce qu’il avait sur le cœur, il devait d’abord reconnaître une chose.
« Je suis désolé. Je savais ce que tu ressentais, mais je n’ai pas su y faire face. J’ai détourné les yeux, j’ai fait comme si je ne voyais rien, comme si je ne m’en rendais pas compte. »
Amane avait toujours vaguement soupçonné que Mahiru éprouvait des sentiments pour lui, mais il avait choisi de les ignorer. Il s’était trouvé des excuses, se répétant qu’il était trop pathétique pour qu’elle puisse l’aimer tel qu’il était, et ainsi de suite.
Mais il ne voulait plus fuir.
Il devait affronter ses propres sentiments, ainsi que ceux de Mahiru. Il voulait lui dire la vérité, sans détour.
Amane fixa Mahiru sans ciller, se préparant à ne pas détourner le regard cette fois. Mahiru eut alors un petit sourire.
« Eh bien, ça vaut pour nous deux, non ? » Dit-elle. « J’ai fait la même chose… Je veux dire, si je n’avais pas été sûre de ce que tu ressentais, je n’aurais jamais pu faire un pas pareil. »
Mahiru tendit doucement la main et toucha celle d’Amane. Elle souriait encore faiblement.
« Je te l’ai dit, non ? » Murmura-t-elle. « Je suis un peu sournoise. »
« … Je sais pas. Je crois que je le suis encore plus. »
Amane eut un sourire un peu ironique, trouvant la manière de Mahiru d’être ‘sournoise’ terriblement mignonne. Puis, tout à coup, il retira sa main de la sienne et la serra doucement dans ses bras.
Il sentit le corps délicat de Mahiru se raidir de surprise, puis se détendre peu à peu. Elle se blottit contre sa poitrine et leva vers lui ses yeux couleur caramel, où se mêlaient trouble et attente.
« … Tu veux bien me laisser commencer ? » Murmura Amane.
Mahiru hocha la tête, les joues légèrement rosées, et se laissa aller un peu plus contre lui.
« Euh, alors… c’est la première fois que je tombe sérieusement amoureux de quelqu’un. Comment dire… ? Je ne pensais pas que ça m’arriverait un jour… Je croyais que c’était impossible, même. »
« … À cause de ton passé ? »
« Oui, c’est ça. » Il acquiesça.
Il tenait toujours Mahiru contre lui, refusant de la lâcher.
L’hésitation qu’il avait eue à reconnaître son amour pour elle, ou à admettre qu’elle l’aimait en retour, venait d’un événement survenu au collège.
Amane n’avait jamais eu confiance en lui, il avait toujours eu trop peur d’exprimer ses sentiments. Rien qu’à imaginer être rejeté, il préférait ne créer aucun lien.
Tout cela avait pris fin après sa rencontre avec Mahiru.
« À cause de ça, je pensais que je n’étais pas capable d’aimer qui que ce soit… Mais je n’aurais jamais cru que quelqu’un pourrait changer ça si facilement. »
Il baissa à nouveau les yeux vers la fille dans ses bras. Rien qu’en la regardant, il sentait une chaleur douce lui envahir la poitrine, une tendresse qui débordait.
Mahiru était la première, et sans doute la dernière, à lui faire ressentir cela.
C’est dire à quel point il l’aimait.
« J’ai compris qu’on peut changer quand on rencontre quelqu’un qu’on aime. »
Amane avait réellement changé depuis qu’il connaissait Mahiru. Grâce à elle, il avait commencé à briser peu à peu le mur autour de son cœur et à s’accepter lui-même. Aimer quelqu’un lui avait aussi appris le désir d’être aimé, et le besoin de vouloir serrer quelqu’un dans ses bras pour le chérir.
« … Tu sais, au début, je ne te trouvais pas très attirante. » Avoua-t-il.
« Je sais. Tu me l’as d’ailleurs dit en face. »
« Je suis vraiment désolé pour ça. »
À cette époque, ils ne se portaient pas une grande estime mutuelle, et il lui avait dit des choses blessantes. Mahiru, elle aussi, avait sans doute pensé qu’Amane était un garçon froid et négligé.
« … Tu sais, quand on s’est rencontrés, tu ne voulais pas t’ouvrir à moi. Tu étais si distante, mais je me disais que tant qu’on s’entendait, ça suffisait… Mais sans que je m’en rende compte, ça n’a plus été assez. »
Au début, Amane ne voulait pas se mêler inutilement à Mahiru. Il se demanda à quel moment cela avait changé.
« J’ai commencé à vouloir en savoir plus sur toi. À vouloir te connaître. Du plus profond de mon cœur, j’ai eu envie de te chérir. Je… voulais être avec toi. C’est la première fois que je ressentais ça. »
« … Je vois. »
« J’ai retenu tout ça jusqu’à maintenant. Mais… tu m’as dit que je te suffisais, alors je n’ai pas abandonné. J’ai essayé de réfléchir à ce que je pouvais faire pour devenir quelqu’un de meilleur pour toi. Mais bon… avant que je ne puisse agir, c’est toi qui as fait le premier pas. »
« Hé hé… Moi aussi, je me retenais, tu sais. Tu es plutôt cool, Amane, et j’avais peur que quelqu’un d’autre te vole. J’étais inquiète de savoir si tu pourrais seulement m’aimer. »
« Je crois que t’étais la seule à t’inquiéter de ça. »
« Hmm. Encore ça… »
Mahiru eut l’air contrariée qu’Amane se dénigre à nouveau. Mais en voyant son expression, elle cligna plusieurs fois des yeux.
Amane n’affichait plus le visage pitoyable qu’elle lui reprochait toujours d’avoir. Ses yeux exprimaient désormais une détermination calme, celle de quelqu’un qui s’apprête à faire quelque chose de difficile.
« … Alors, à partir de maintenant… je vais faire des efforts, pour qu’on ne trouve plus bizarre de nous voir ensemble. »
« Hein ? »
« Je veux devenir un homme qui donne le meilleur de lui-même, pour que plus personne ne dise qu’on ne va pas ensemble… Et même si je n’y arrive pas, je veux au moins progresser assez pour être fier de moi. »
Amane voulait devenir un homme digne de marcher fièrement aux côtés de Mahiru, afin que personne ne puisse s’opposer à leur relation. Pas seulement pour elle, mais aussi pour lui-même. Et pour pouvoir avoir confiance en lui.
Le premier pas sur ce chemin devait commencer par ces mots :
« Je t’aime, Mahiru. Plus que quiconque. Veux-tu sortir avec moi ? »
Il plongea son regard dans les yeux limpides de Mahiru et murmura sa confession. Ses yeux brillèrent de larmes, sans qu’aucune ne tombe sur ses joues. Amane était la seule chose qu’ils reflétaient.
Mahiru ferma les yeux et sourit.
« … Oui. »
La réponse de Mahiru fut si douce que, même si quelqu’un d’autre s’était trouvé dans la pièce, Amane aurait été le seul à l’entendre. Pourtant, sa voix tremblante exprimait sans équivoque son accord.
Mahiru enfouit de nouveau son visage contre la poitrine d’Amane. Ses bras passèrent fermement autour de son dos, le serrant avec force, refusant de le lâcher. C’était comme si elle lui disait qu’elle ne le laisserait jamais s’échapper.
Un peu gêné, Amane entoura à son tour le petit dos de Mahiru de ses bras.
—Je ne te laisserai jamais partir.
Je veux te chérir. Je veux te rendre heureuse. Je veux t’aimer.
Mahiru était la première à lui avoir fait ressentir cela.
« Je veux te rendre heureuse, Mahiru. »
« C’est une promesse, Amane ? »
Mahiru releva lentement la tête et lui adressa un petit sourire malicieux. Amane sourit à son tour et pencha les lèvres vers son oreille.
« C’est mon vœu. Alors je te le promets, ici et maintenant… Je te chérirai, et je te rendrai heureuse, quoi qu’il en coûte. » Déclara-t-il avec passion.
« … Mm. »
Mahiru hocha la tête et offrit à Amane un sourire doux qui fit fondre son cœur.

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source : traduction anglaise officielle par Yen Press
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